EFT et croyances limitantes : tapoter sur ce qui résiste
L'EFT nous permet d'aborder nos croyances limitantes pour en dissoudre la charge émotionnelle et s'en libérer. Voici comment comprendre ce qui se passe, et comment le faire concrètement.
Il y a une différence entre ressentir une émotion difficile et porter une croyance limitante. Une émotion passe. Une croyance, elle, s'installe.
Une croyance est aussi chargée émotionnellement. Cependant elle ne se contente pas de faire mal sur le moment. Une croyance organise la façon dont on se voit, dont on interprète les événements, dont on décide ce qui est possible ou non.
"Je ne suis pas à la hauteur." / "Je n'ai pas le droit de prendre de la place." / "Le succès, c'est pour les autres."
Ces phrases sonnent dans notre esprit comme des faits, comme des vérités indiscutables. Et c'est précisément cela qui les rend si tenaces.
L'émotion dans la croyance
Quand on commence à travailler sur une croyance limitante avec l'EFT, la première erreur serait de la traiter comme une pensée abstraite à corriger. Or une croyance n'est pas un problème de logique. Il ne s'agit pas d'une erreur de jugement à rectifier. La plupart du temps, nous avons parfaitement conscience de son irrationalité.
Une croyance est une conviction chargée émotionnellement, ancrée dans le corps, souvent depuis longtemps.
Ce qu'on cible avec le tapping, ce n'est pas la croyance en elle-même. C'est la perturbation qu'elle crée, la charge émotionnelle qu'elle porte. Ce serrement dans la poitrine quand on se dit qu'on n'est pas capable. Cette résistance diffuse qui arrive chaque fois qu'on essaie d'avancer...
Comment identifier ses croyances limitantes : l'épreuve du "oui, mais"
Parfois, on ne sait pas très bien quelles croyances on porte. Elles sont tellement intégrées qu'elles passent inaperçues, comme un bruit de fond devenu habituel.
Voici une façon simple de les faire surgir :
Formuler une affirmation positive et observer ce qui se passe intérieurement.
Essayez par exemple de dire à voix haute : "J'ai le droit d'être vu pour ce que je fais vraiment." Ou : "Je suis capable de gagner ma vie en faisant quelque chose qui m'importe."
Ce qui vient juste après, ce sont vos croyances.
"Oui, mais les gens vont juger." "Oui, mais c'est prétentieux." "Oui, mais et si j'échoue." Ces objections intérieures, spontanées, sont précisément le matériau à travailler en EFT. Chacune d'elles est une croyance qui mérite d'être tapotée.
Toute croyance limitante a une origine
Les croyances limitantes ne surgissent pas de nulle part. Elles ont été apprises, souvent très tôt, à partir d'expériences concrètes. Une remarque d'un parent. Un échec vécu comme une honte. Une situation où il fallait se faire petit pour être en sécurité.
Une règle apprise, devenue invisible
À ce moment-là, la croyance était adaptative. Elle avait un sens. "Si je ne me mets pas en avant, je ne risque pas d'être rejeté." "Si je reste discret, je suis protégé." Ces conclusions étaient des stratégies de survie pour l'enfant qui les portait.
Le problème, c'est qu'elles continuent de fonctionner des années plus tard, dans des contextes qui n'ont plus rien à voir. Le cerveau a simplement conservé la règle, parce que personne ne lui a dit qu'elle était devenue obsolète.
Ce que les neurosciences expliquent
C'est là que le tapping EFT intervient. En activant la croyance tout en maintenant un état corporel calme, il crée les conditions d'une mise à jour, ce que les neurosciences appellent la reconsolidation mémorielle. Les faits restent intacts dans la mémoire. Mais la charge émotionnelle qui leur était associée peut changer.
Pourquoi commencer par tapoter sur le négatif
C'est souvent là que la logique du tapping surprend. On pourrait s'attendre à simplement répéter des phrases positives en tapotant sur des points du visage. Mais ce n'est pas ça.
Au début d'une séquence EFT, on se connecte délibérément à la croyance négative. On la prononce, on la laisse résonner, pour laisser la place à la sensation qu'elle produit dans le corps de remonter. C'est un travail de conscience : on fait émerger ce qui est, de tout façon, présent en soi et on tapote dans cet état-là.
Pourquoi ne pas aller directement vers le positif ?
Parce que le tapping a besoin d'une cible. Il travaille sur la perturbation réelle, pas sur une version édulcorée. Si on évite la croyance, si on saute trop vite vers "je suis capable et confiant", on passe à côté de ce qui crée réellement le blocage. Le système ne se laisse pas tromper par une affirmation plaquée sur une blessure qui n'a pas été abordée de front.
En restant dans le négatif pendant les premiers cycles, on donne au tapping quelque chose de concret à décharger. Et on constate souvent qu'après quelques passages, la croyance a perdu de son poids, de son évidence. Elle est encore là, mais elle ne commande plus de la même façon.
C'est à ce moment-là qu'on peut introduire des formulations plus ouvertes, plus nuancées.
Comment formuler la phrase de setup EFT sur une croyance : ne pas nier, mais décentrer
La formule classique de l'EFT, "même si je crois que je ne suis pas à la hauteur, je m'aime et je m'accepte profondément", a le mérite d'exister. Mais elle peut sonner creux quand la croyance est très ancrée. "Je m'aime et je m'accepte profondément" peut sembler trop grand, trop loin de ce qu'on ressent vraiment.
Une variation plus fine consiste à introduire la notion de partie de soi :
"Même si une partie de moi croit que je ne suis pas à la hauteur, une autre partie de moi sait que j'ai déjà traversé des choses difficiles, et je suis prêt à accueillir les deux."
Cette formulation fait quelque chose de précis sur le plan psychologique : elle permet de se désidentifier de la croyance sans la nier, et en laissant la place à des croyances plus utiles.
Se désidentifier, pas nier
En thérapie et coaching ACT (Acceptance and Commitment Therapy), on parle de défusion cognitive. Plutôt que de se battre contre une pensée ou de tenter de la remplacer, on apprend à la voir comme une pensée, pas comme une vérité absolue. "Je suis nul" fusionne le moi et la croyance. "Une partie de moi pense que je suis nul" crée une distance. On observe la croyance depuis un peu plus loin. Ce qui lui fait perdre de sa gravité.
Cette distance crée un espace dans lequel la conscience peut se renouveler.
Les parties de soi : une idée ancienne, retrouvée dans de nombreuses approches
Cette notion de "partie de moi" n'est pas une métaphore anodine. Elle est au cœur de nombreuses approches thérapeutiques sérieuses.
L'IFS : une cartographie du psychisme intérieur
L'IFS (Internal Family Systems), développé par le psychologue Richard Schwartz, propose que le psychisme est habité par des sous-personnalités, des parties qui ont chacune leur rôle, leur logique, leur âge émotionnel. Certaines protègent, parfois de façon rigide. D'autres portent des blessures anciennes. Au centre de tout cela se trouve un Soi, stable et capable de prendre soin de ces parties sans être submergé par elles.
Une convergence entre approches
On retrouve cette idée également dans les approches psychodynamiques classiques : Freud parlait d'instances psychiques en tension, Jung de complexes autonomes, Winnicott du faux self construit pour répondre à l'environnement.
Dans des formes différentes, toutes ces approches décrivent la même réalité : des parties de nous agissent, parfois à notre insu, selon des logiques inconscientes qui ont leur propre cohérence.
Quand on dit "une partie de moi croit que je ne mérite pas le succès", on ne fait pas de métaphore poétique. On décrit avec précision une dynamique intérieure réelle. On la reconnaît au lieu de la combattre.
Protocole EFT : tapoter sur une croyance limitante pas à pas
Étape 1 : Identifier la croyance avec précision
Écrivez la croyance telle qu'elle se formule intérieurement. Notez aussi l'intensité sur une échelle de 0 à 10, de façon à vous ancrer dans ce que vous ressentez.
Étape 2 : Repérer l'émotion et la sensation corporelle
Que ressentez-vous dans le corps quand vous prononcez cette croyance à voix haute ? Un nœud dans la gorge ? Une tension dans les épaules ? Une lourdeur dans la poitrine ? En faisant cela, vous êtres en train de vous connecter à l'énergie de l'émotion qui se trouve derrière la croyance.
Étape 3 : Formuler la phrase de setup EFT
Sur le point karaté, répétez trois fois :
"Même si une partie de moi croit que [croyance], une autre partie de moi sait que [fait vrai et concret], et je choisis d'accueillir les deux."
Quelques exemples concrets :
"Même si une partie de moi croit que je ne suis pas capable, une autre partie de moi sait que j'ai appris des choses difficiles dans ma vie, et je choisis de faire confiance à ce que je sais."
"Même si une partie de moi croit que je ne mérite pas d'être vu, une autre partie de moi reconnaît que j'ai quelque chose à apporter, et je suis prêt à laisser cette possibilité exister."
"Même si une partie de moi croit que les choses ne peuvent pas changer, une autre partie de moi se souvient de moments où quelque chose a bougé, et je choisis de lui faire un peu plus de place."
Étape 4 : Tapoter sur les points en restant dans l'émotion
Sur chaque point, restez connecté à la sensation corporelle. Ne cherchez pas à vous convaincre. Ne cherchez pas non plus à faire disparaitre la sensation désagréable. Celle-ci sert de guide au tapotement pour aller travailler exactement là où il le faut.
Contentez-vous de tapoter, de respirer, et de laisser quelque chose se déposer. C'est dans cet espace, entre la croyance reconnue et le corps apaisé par le tapping, que quelque chose peut se relâcher naturellement, sans rien forcer.
Étape 5 : Remonter à l'origine
Après quelques rounds, posez-vous la question : quand ai-je cru ça pour la première fois ? Quel souvenir ou quelle situation vient à l'esprit ? C'est souvent là que le travail en profondeur peut continuer.
Ou peut-être que des souvenirs remonteront spontanément pendant le tapping. Là aussi, voilà du matériau pour le cycles suivants.
Ce que tapoter sur les croyances limitantes ne fait pas
Le tapping ne remplace pas la croyance par son contraire. Il ne vous convainc pas d'être "confiant" à force de le répéter.
Ce qui change, c'est le poids de la croyance. Celle-ci peut rester présente comme souvenir, comme pensée ancienne, mais elle ne commande plus de la même façon. Elle cesse d'être une vérité qui contraint une réalité et devient seulement une histoire que l'on porte, que l'on peut regarder avec un peu plus de douceur et de distance.
C'est une différence qui change tout dans la vie quotidienne. Nous nous sommes libérés du poids du passé et pouvons enfin aborder le présent et l'avenir avec un regard plus juste sur soi et le monde.